samedi 10 juin 2017

Trouver une jeune femme thaïe quand on a déjà quelques tours de compteur…


Bangkok, en face de Pantip Plaza. On peut couper le son... Solution prudente, mais pas vraiment satisfaisante !

Quels espoirs peut-on avoir de séduire durablement une femme jeune quand on a quelques tours au compteur : telle est l'intéressante question que je trouve sur un forum, émanant d'un intervenant qui ne cache pas ses soixante-dix balais.

Les femmes pour les hommes (comme les hommes pour les femmes) représentent un marché évolutif, avec différentes parités selon l'endroit dans le monde. Ce marché soumis à l'offre et à la demande est relativement stable - plus stable que le baril de Brent ou le cours de l'euro. Certains (et certaines - ça marche dans les deux sens) prennent le risque d'une acquisition à l'étranger en espérant la bonne affaire. L'amour est un commerce où chacun se propose toujours quelque chose à gagner : cette maxime où l'on retrouve La Rochefoucauld s'applique parfaitement ici.

Comme dans tout marché, il y a des vendeurs qui bluffent et veulent vous faire acheter un mulet pour un anglo-arabe. C'est un marché libre, et il ne peut être question de retourner l'acquisition si on n'en est pas satisfait - pour des raisons évidentes : cette pratique n'a cours que certains pays musulmans. Elle n'y est malheureusement pas réciproque.


La parité de la femme en Thaïlande


Il se trouve que la parité de la femme est encore intéressante en Thaïlande pour les hommes. Ce qui veut dire que l'inverse est vrai : la parité du farang est encore intéressante pour les femmes. Mais je ne parlerai pas du point de vue des femmes, d'autres pourront mieux le faire que moi.

Malgré cette situation favorable, il vaut mieux mettre de côté coups de foudres et autres explosions sentimentales qui risquent de vous faire épouser n'importe qui, de même qu'on peut acheter une voiture hors de ses moyens ou s'amouracher d'une charmante fermette qui vous enchaîne à un crédit de vingt ans.

Pour répondre à la question, plus l'écart d'âge est grand, plus le risque de tomber sur une femme intéressée est grand : il existe un rapport inversement proportionnel entre le désintéressement moyen de la femme et la différence d'âge entre l'homme et la femme. Cette courbe est une... droite, approximativement régie par un polynôme du premier degré quand on reste dans des limites d'âge raisonnables.

Mais aux extrêmes, on peut observer des mouvements paraboliques. Dans le cas d'un très vieil homme et d'une gamine de vingt ans, ou d'une matrone et d'un jeune gigolo, on verra un emballement de l'avidité (je pense personnellement que le concept de couguar a ses limites). Mais jusqu'à 60 ans, on reste dans du ax + b = 0. Ensuite, la courbe dérive progressivement. A chacun de mesurer les risques !

Évolution de l'avidité (en y) d'un membre du couple en fonction de la différence d'âge (en x) : elle obéirait en fait à une courbe un peu dans ce genre.


On pourrait aussi apporter quelques perfectionnements à cette courbe en essayant d'inclure la caractéristique suivante : pour une même différence d'âge - par exemple 25 ans - on observera une accentuation de la pente si l'on descend vers la majorité légale de l'un ou l'autre partenaire. Ainsi, un couple 18 - 43 ans a plus de chance de dysfonctionner du fait d'une très grande avidité du membre de 18 ans, qu'un couple de 38 - 63 ans, alors que l'écart est le même.

Un espace à quatre dimensions


Mais la question est plus complexe. Il faut imaginer un espace à quatre dimensions dont le premier axe est la différence d'âge, le second, la différence physique (critère de la Belle et la Bête), le troisième la différence pécuniaires (critère du bourgeois et de la fille du pauvre fermier) et le quatrième le niveau d'études de la femme.

Chacune de ses dimensions porte une variable qui obéit aussi à une fonction du premier ou second degré (de type parabolique ou plus complexe). Ainsi, il y a tout à parier qu'une jolie fille accepte les approches d'un homme du même âge mais laid comme un pou pour des raisons éloignées de la pure affection.

A propos, il n'y a pas que la beauté, il y a aussi les stigmates de l'âge : il faut donc savoir se regarder dans la glace, voir que ce ventre qui rebondit au dessus de la ceinture bien serrée du blue-jeans comme une grossesse de cinq mois n'a rien de charmant (mais est plutôt ridicule), que ce crane qui se dégarnit comme celui d'un vieil oiseau ne porte pas un message de sagesse, mais de laideur ringarde, que la peau fripée n'a rien d'attendrissant et que les femmes préfèrent les abdos saillants, la peau et le muscle fermes. Malheureusement, beaucoup d'hommes semblent oublier ces faits élémentaires et continuent de se voir comme lorsqu'ils avaient vingt ans. Une vision réaliste de ce qu'on a à mettre sur le marché est indispensable. Sinon, on restera indéfiniment sur l'étal.

En ce qui concerne, le critère financier, à niveau social égal, le farang bénéficie d'emblée de la parité favorable des monnaies occidentales. Pour le reste, pas plus que la fille de François Fillon n'épousera un petit entrepreneur, une thaïe d'un milieu très aisé ne s'intéressera pas à un farang à moins qu'il ne fasse montre d'une large surface financière, soit à peu près du même âge et d'un physique flatteur. Finalement, ce n'est pas un hasard si ce sont les filles de fermiers de l'Isaan qui épousent des farangs : l'écart entre les niveaux sociaux joue cette fois en faveur du farang. A noter que les femmes thaïes ne font pas forcément de différence entre : revenus modestes mais fixes - revenus moyens - revenus confortables. Leur critère est plus fondé sur la générosité immédiate que sur la réelle richesse du farang.

Charmantes cousettes de Bangkok : comme dans Balzac en 1820...

Le niveau social et le niveau d'études sont des variables fortement liées en Thaïlande, même si elles ont un petit degré d'indépendance. Il peut être utile de faire faire quelques opérations arithmétiques à sa future avant de s'engager (divisions…) surtout si on envisage de lui offrir un commerce. Attention, je n'ai pas parlé de règles de trois ! Chacun verra quel degré d'exigence il peut avoir. Là encore, la courbe n'est pas simple : la courbe décrivant la variable différence de niveau d'étude n'a pas une pente très forte, sauf quand on arrive à des niveaux d'études très supérieures pour la femme thaïe.

Une dernière notation relative à la différence d'âge : le monde occidental déteint petit à petit sur l'Asie, et la tolérance à l'écart est de moins en moins grande chez les femmes thaïes au fil des années. Mais en cherchant bien, si on n'exige pas une différence extravagante, on trouve - à condition d'être moins exigeant sur les autres variables. Il n'y a jamais de miracle...

Dans tous les cas, il faut se donner de la peine, et prendre son temps. La probabilité de tomber sur une personne qui vous correspond est d'autant plus grande qu'on a sorti de l'urne beaucoup de boules noires...


Au total, on voit que les rapports femmes thaïes / hommes farang obéissent à des lois complexes.


J'observe avec tristesse une simplification abusive de la part des farangs qui décrivent les femmes thaïes comme intéressées et avides - ce qui est en partie dû à un biais de recrutement : ils ont été principalement en contact qu'avec des femmes thaïes sélectionnées par leur "intérêt" pour les farangs, et bon nombre sont vénales. Entrent aussi en compte dans ce jugement les particularités mentales des farangs en question... sur lesquelles je ne m'attarderai pas : certes ce blog est gratuit, mais le prix de ma consultation n'est pas donné.

La plupart des femmes - qui méritent toute notre admiration ! - se dotent assez vite (souvent avec l'aide de leur mère) d'un compteur qui leur permet de naviguer dans ces abaques avec aisance. Souvent mieux que les hommes dans l'état actuel de nos cultures - car du fait de l'inégalité hommes femmes, c'est souvent pour elle une question de survie. En cela, elle ne diffèrent pas énormément des femmes du monde occidental. Aux hommes de faire une péréquation et de savoir exactement quels critères sont importants sur ces quatre axes.

Bonne négo à tous !


Joli visage et des avantages en nature... A toi de voir. Moi, je ne m'y risquerais pas.


lundi 22 mai 2017

Café, maroille et huile de moteur (la France vue par un farang II)




Un morceau de baguette fraîche tartiné de maroilles et trempé dans le café au lait du matin. Mais oui, autrefois, un ami m'a initié aux plaisirs du nord !

Un bon jogging sur la plage à marée basse. La mer au loin et les îles. Puis la terre remonte, c'est un champ dont les herbes mouillent sournoisement mes Asics. Dans les écouteurs, Aurélien Barreau fait une conférence sur l'entropie des trous noirs. Je ne sais plus quoi faire - je décroche de l'horizon du trou noir, happé par celui du ciel - ils sont tout aussi profonds. Mais quand je reviens aux trous noirs, je n'y comprends plus rien !

Plus tard, je téléphone à un gus dans un magasin qui vend des chambres à air aux professionnels. Je veux acheter une de ces grosses bouées noires avec lesquelles on peut jouer dans les vagues. Pour ma fille bien sûr… Le type est sympa. Il me demande le nom complet qui figure sur la carte de crédit. Et quand il le sait, il m'appelle par mon prénom. Pas une fois, par accident, mais plusieurs fois. Cool.

Ça me rappelle une histoire quand je vivais à Paris. Je circulais exclusivement à moto, et un jour, j'ai dû plonger mes mains dans le cambouis. Je ne suis pas doué, mais j'aime bien bricoler. Et ça fait très longtemps que je me suis acheté un bleu de garagiste. Tout remonté, impeccable, la bécane tourne nickel. J'ai juste le temps d'aller chez le coupe-tif de ma rue - la rue Etienne Marcel dans le deuxième - avant d'aller dîner chez une amie. Le coiffeur avise mon bleu et me tutoie. Je regarde le prince Albert dans Voici en attendant, avant qu'il ne me fasse signe de m'asseoir sur le grand fauteuil qui tourne. Qui, "il" ? Mais le prince Albert en personne, bien sûr ! Il est gentil, mais un peu condescendant. Il parle à d'autres et ne me prête pas attention - comme s'il daignait me couper les cheveux. Pourtant, je suis très content d'être là : atmosphère d'un salon de coiffure parisien à cinq heures du soir, un samedi, totale excitation. Les plaisanteries fusent. Et puis comme il veut être poli, le figaro finit par me demander dans quel garage je travaille.
- Je travaille à l'hôpital
- Ah oui, tu entretiens le parc de l'hosto…
- Euh non, je suis médecin...
Le coiffeur se recroqueville littéralement. Comment faire pour qu'il se sente mieux ? Mais c'est trop tard… Il m'expédie… et maintenant, il me vouvoie!

Avant-hier, nous sommes allés dans un restaurant thaï. Je voudrais que Fon se lie un peu. La fille a une drôle de touche, avec sa casquette à l'envers, ses cheveux courts et son "long nez" de farang. Elle m'explique que son père est français et sa mère thaïe. Et qu'elle a passé son enfance en Thaïlande. Elle regarde Nam, qui a la peau mate :
- C'est bien pour la France, elle est bronzée. Alors que c'est le contraire en Thaïlande, ils aiment bien les peaux blanches.

Tant mieux pour Nam, si c'est vrai. En quittant le restaurant, Fon me dit que notre hôtesse est tom, elle est lesbienne. Une lesbienne moitié thaïe dans un village français, cela ne doit pas être simple tous les jours. Mais elle a l'air relax, et semble connaître beaucoup de gens du coin.

Le problèmes administratifs finissent par se régler. Parfois, il faut laisser tomber… J'étais libre cet après-midi, j'ai gréé une voile à sec et vérifié mes pieds de mats. Demain, promis, je sors en planche.

La vie n'est pas désagréable en France. Pendant ce temps, en Angleterre, un fou tue des enfants.



vendredi 12 mai 2017

Suspension temporaire de l'activité, la maison est en travaux


La Baule : ici, la mousson dure toute l'année (mais on dit que la pluie ne tombe que sur les cons)


Après un an en continu en Thaïlande, sans même une petite sortie en Indonésie - bébé oblige - me voilà en France pour un bon mois. Je dois dire que ce fut une arrivée en catastrophe. A peine étais-je sorti de l'avion, j'ai été pris d'un grand malaise. Il a fallu me transporter d'urgence en réa où j'ai eu droit à une double perfusion, l'une de munster, l'autre de bordeaux 2009. Carences aigües a-t-on très vite diagnostiqué… Ouf, j'ai échappé de peu au lavement au pommes de terres sautées. Souverain paraît-il pour effacer le goût du riz…

Grâce à un régime à base de haricots blancs aux lardons, j'ai bon espoir de récupérer rapidement et reprendre le fil de ce blog. Sauf qu'en France, je n'ai plus rien à dire de la Thaïlande, qui est pas mal l'objet de mes divagations...

Peut-être l'occasion de réflexions qu'on pourrait intituler : les tribulation d'un expat en France.

En arrivant, j'ai trouvé une lettre de la préfecture dans la pile de lettres qui m'attendait. On m'y annonçait que j'avais regagné tous les points de mon permis. Par abandon ! J'avais quitté le ring, sinon j'aurais perdu... aux points ! C'est drôle comme des choses qu'on croyait importantes peuvent devenir indifférentes. J'étais exaspéré par les limitations de vitesse sur les routes, avec les ridicules successions de panneaux 90 - 70 - rappel - 50 - 30 - 50 - 70 - rappel… - 90 - 70 sur deux kilomètres, et la crainte de perdre des points. Après un an de Thaïlande, où je dépasse rarement le 100, je n'ai plus de peine à respecter les limitations, je roule même en dessous. J'essaye plutôt de me concentrer pour ne pas rouler à gauche et mettre en route l'essuie-glace au lieu du clignotant…

Mais comme il fait bon dans ce pays ! Pas besoin d'interroger le thermomètre pour savoir si on va pouvoir faire son jogging sans éclater comme une cocotte minute. Le bocage breton, ses calvaires, ses vieilles maisons et ses mille nuances de vert m'enchantent.

Au supermarché, une vendeuse me fait le coup du "BONJOUR !" agressif quand je lui demande (poliment) un renseignement. Si elle veut me donner une leçon de bonne éducation, c'est une cause perdue : je me sens lointain, amorti, je suis encore dans la rizière.

Je retrouve un ami d'enfance. De son côté, le temps est aussi passé. Il me dit qu'il souffre maintenant d'un mauvais cancer. Mais rien ne se lit sur son visage à peine amaigri par la chimiothérapie. Il est trop bien élevé pour manifester des sentiments qui pourraient gêner l'entourage. Il me confie qu'il lui indiffère de mourir : il ne comprend plus rien à notre pays, et son évolution lui semble parfaitement mystérieuse. Je me sens moins seul. Nous nous quittons en nous promettant de faire très bientôt une grande marche au bord de la mer.

La maison n'a pas été ouverte depuis un an. La pompe de la chaudière est grippée, et il n'y a plus d'eau chaude : gênant, pour le bébé. En attendant que l'homme de l'art réponde au téléphone, j'entends la ritournelle qui vante les mérites de la société : on vous dépanne en moins de quarante-huit heures, y compris le samedi et le dimanche. Aujourd'hui, c'est lundi. Mais on me propose un rendez-vous la semaine prochaine. Le temps des pubs n'est pas le même que le temps de dépannage : c'est moderne, ici on applique les lois de la relativité einsteinienne.

Même chose avec Prixtel, le revendeur de lignes téléphoniques : la carte SIM est arrivée avec beaucoup de retard, contrairement aux promesses. Et rien ne marche - en fait nous ne sommes pas en territoire éligible. Heureusement, Prixtel n'a rien prévu pour qu'on puisse entrer en contact et ne tient aucun compte de ma rétractation demandée dans les deux semaines légales. Oui, heureusement, car c'est sans doute pour eux la meilleure manière d'éviter des conflits… En Thaïlande, on peut toujours appeler quelqu'un. Il existe forcément une relation humaine entre toi et la société dont tu es client. En France, cette relation a disparu. Le nombre de plates-formes téléphoniques sur lesquelles je suis monté depuis mon arrivée - j'en ai les jambes cassées !

Oui, la France me paraît incompréhensible, comme à mon ami. Pour bien d'autres raisons, certes, mais au moins aussi incompréhensible que la Thaïlande. Reste le fromage. Faut que je fasse attention d'ailleurs. Je me demande ce qu'on risque si on fait une overdose au comté vingt-quatre mois...


L'île au fond est appelée "le camembert". Oui je sais, je fais une petite obsession en ce moment...

vendredi 28 avril 2017

Marine et les putes




Un ami m'a envoyé les résultats du premier tour du scrutin - communication de l'ambassadeur de France lui-même.

Ils sont bien différent des résultats nationaux. Comme il n'existe pas d'étude sociologique des expatriés en Thaïlande, j'ai décidé de faire du reverse engineering et d'essayer de dresser un portrait sommaire de ces expatriés à partir de leur vote. Je remercie par avance ceux qui apporteraient des correctif - techniquement argumentés - à cette modeste ébauche.

Je ne dispose pas du nombre d'abstentionnistes par bureau de vote, juste de l'abstention globale, qui est de 56%. Ce qui limite aux votants ces observations et introduit une grosse incertitude.

Quand on vit à Bangkok, c'est un effort de traverser la ville… mais rien à voir avec l'habitant d'un petit bled aux confins de l'Isan, situé à 150 km du bureau de vote de Khon Kaen. On pourrait penser que l'abstention est proportionnelle à la difficulté d'aller voter. Et qu'en fait, seul le facteur distance différencierait les votants des 33% d'abstentionnistes supplémentaires par rapport à la métropole (78 - 45 = 33). C'est une hypothèse sur laquelle on ne peut tabler, le risque de biais est bien trop grand. Ces 33% - un tiers des électeurs potentiels - constituent donc une boîte noire bien mystérieuse. Le candidat qui pourrait mettre la main dessus toucherait le jackpot !

Au final, avec les suffrages exprimés, on se retrouve avec deux candidats à 30%, François Fillon et Emmanuel Macron. Suivent Marine Le Pen à 20% puis Jean-Luc Mélanchon à 10%. On arrive à 90%. Les 10% restant, c'est la poussière des petits candidats, y compris le malheureux Benoît Hamon, qui a apparemment morflé pour le Parti Socialiste, outre qu'il n'a pas été assez démagogue, loin s'en faut (ce qu'on appelle une "mauvaise campagne" dans les médias).

Le premier constat, c'est que les expats qui votent ne sont pas extrémistes. Certes, Marine Le Pen se maintient quasiment à son score national, mais Jean-Luc Mélanchon prend un rude coup. Peut-être n'aime-t-on pas les staliniens ici. Pourquoi ? L'expat ne serait-il pas plus individualiste que la moyenne - et donc par principe éloigné des idéologies communistes ? Je le croirais volontiers. Autre abord du problème : Jean-Luc Mélanchon a fait une belle campagne, avec un succès tout particulier auprès des jeunes. Or la structure des âges des expatriés ne lui est pas favorable.

Continuons notre analyse. Il ne faut pas oublier que Bangkok représente plus de 60% des votants. Les expatriés - et surtout les expatriés qui peuvent et veulent voter s'y concentrent. En voyant la différence de votes entre Bangkok et les autres villes, il me semble qu'on a affaire à des sociologies très différentes. Je pressens l'expat de Bangkok comme plus jeune, mieux formé que celui des autres villes : c'est sans doute un expat entreprenant, actif et non un retraité, et il est là pour le boulot. Il a une vision moins "révolutionnaire" ou extrême de la politique, puisqu'il vote à 70% pour les deux candidats les plus proches du centre (moyenne nationale 44%).

Ce poids numérique de Bangkok efface le vote très Le Peniste des autres villes: Chiang Mai à 26%, Pattaya à 35%, Phuket à 36% et Khon Kaen à 38%.

Ce que je retiens en fin de compte, c'est l'hypothèse d'une fracture importante entre deux groupes d'expats, d'un côté les actifs de Bangkok, cadres qui votent plus pour Emmanuel Macron ou François Fillon, d'un autre, un groupe éparpillé dans le reste de la Thaïlande, plus âgé, retraité, avec des revenus moins élevés, individualiste et donc assez peu communiste, où se retrouve plus volontiers la revendication populiste représentée par Marine Le Pen. Ces deux groupes étant un peu trop âgés pour abonder le vote mélanchoniste.

Un ami facétieux m'a demandé d'étudier le rapport entre le nombre de putes dans la ville du votant et le vote Le Péniste. Je l'ai déçu en lui disant que je n'avais pas réussi à mettre en relation ces deux variables. Il existe pourtant une corrélation entre le vote Marine Le Pen et le nombre de putes dans la ville du votant quand on examine les chiffres bruts. Mais cette corrélation passe par des variables intermédiaires : ce n'est pas un lien de cause à effet. En conséquence, un statisticien digne de ce nom ne dira jamais que ceux qui votent Marine Le Pen sont des fils de putes... mais ne peut exclure qu'ils en soient les clients !


Un mot sur la méthode :

Pour obtenir des significations statistiques, il était nécessaire de poser des hypothèses et de faire des regroupements.

Il y avait six bureaux de vote, dont deux à Bangkok. J'ai pris sur moi de les regrouper en un seul, en émettant l'hypothèse que les votants de Bangkok avaient a priori des caractéristiques proches (ce n'était pas comme si j'avais fusionné les résultats du neuf cube avec Neuilly-Auteuil-Passy).

J'ai aussi observé que les "petits" candidats avaient une représentation tellement faible qu'ils risquaient de faire basculer dans l'incertitude statistique l'ensemble des résultats. J'ai donc pris sur moi de les fusionner.

Juste avant de faire disparaître François Asselineau dans le pool des petits, j'ai eu le temps de voir qu'il réalisait un score étonnant, quasiment à égalité avec Benoît Hamon. Il faut dire que Benoît Hamon recueille 3%, ce qui n'est pas beaucoup. Mais François Asselineau fait trois fois plus en Thaïlande qu'en métropole. Pourquoi un candidat décrit par Wikipedia comme potentiellement "souverainiste, antiaméricain et conspirationniste" a-t-il autant de succès ici, c'est une intéressante question sur l'état d'esprit qu'on peut parfois trouver ici. 

lundi 24 avril 2017

Les charmes de l'administration française…



Il y a quelques mois, j'ai indiqué au consulat que je déménageais, et j'ai demandé s'il était possible de m'attribuer un bureau de vote conforme à ma nouvelle adresse.

Réponse positive, par mail - noir sur blanc.

Mais bon, de là à les croire, non. Je ne suis pas bête à ce point. Certes, j'ai une bonne opinion de l'ambassade de France à Bangkok. Je les trouve plus civils, plus réactifs, plus efficaces que leurs équivalents métropolitains. Après tout, ils sont des nôtres, ce sont aussi des expats !

Mais le corps des fonctionnaires a des règles très particulières. Le roman de Balzac qui les décrit - les employés - est toujours sinistrement d'actualité. C'est un corps qui interdit les critiques - la fameuse obligation de réserve, et qui poursuit si sévèrement les fautifs. Autant dans l'armée où doit prévaloir l'obéissance absolue, le droit de réserve a du sens, autant dans l'administration, je peine à en comprendre l'utilité pour la collectivité.

De plus, l'administration bénéficie de tribunaux spéciaux, les tribunaux administratifs, dont les juges ne sont pas recrutés parmi les élèves du concours de la magistrature mais dans son propre corps : ce ne sont pas exactement des professionnels de la justice. Les statistiques sur les décisions que rendent ces tribunaux montrent qu'en règle générale, c'est l'administration qui gagne (même si une légère amélioration de la situation de l'administré se dessine). Autant dire qu'elle cultive largement la culture de l'impunité et donc, tout naturellement, de l'irresponsabilité.

Il y a pourtant d'excellents fonctionnaires.  J'en compte parmi mes amis proches. Mais que de maladresses, d'erreurs et d'incohérences dans la gestion quotidienne !

Quand j'ai rempli pour la première fois le document qui permet d'obtenir une carte consulaire,  on m'a demandé une adresse. J'ai répondu que je n'en avais pas, j'étais itinérant à l'époque, je découvrais le pays. Mais j'ai proposé un email et un numéro de téléphone. En vain. La carte m'a été refusée. Sans discussion possible.

Il se trouve qu'une publication semi-officielle se plaignait récemment du nombre de français qui ne se font pas recenser par le consulat. Cette question a été soulevée devant moi par un administratif , et je lui ai fait part de mon étonnement :
- Est-ce qu'il n'y a pas contradiction ? D'un côté, vous vous plaignez de ne pas avoir un recensement réaliste des expatriés, de l'autre, vous dressez des obstacles à leur inscription consulaire. Car honnêtement, le fait de ne pas avoir d'adresse fixe quand on voyage n'est pas une aberration, si…?
- Oui, mais vous comprenez, en cas de catastrophe, s'il n'y a plus d'électricité, l'email, le téléphone ne marchent plus…

Je comprends bien qu'il soit nécessaire à l'ambassade de localiser les ressortissants français. Mais… faute de grive, on mange des merles : il eût été préférable de pouvoir me joindre au téléphone ou par mail s'ils fonctionnaient encore - ce qui était le cas il y a trois ans, par exemple, quand il y avait des troubles à Bangkok. Mon interlocuteur a préféré ne pas répondre...

J'ai fini par avoir une adresse. Une vraie. Pas comme certains que j'ai croisés et qui ont donné l'adresse d'un hôtel où ils étaient restés trois jours, avec un certificat d'hébergement acheté au  tôlier quelques centaines de bahts : un faux largement induit par l'administration…

En remplissant le formulaire, j'ai vu qu'on me demandait si je voulais être inscrit sur les listes électorales de l'ambassade. J'ai répondu non. Facile : une case à cocher. Mais j'ai découvert par la suite que j'avais été inscrit d'autorité. Tout en continuant de recevoir des courriers de ma résidence principale en France disant que j'étais bien inscrit au pays.

Mais bon. J'ai accepté de voter ici. Et j'ai clarifié la situation.

Il se trouve que la période des élections coïncidait avec un voyage dont les dates ne dépendaient pas de moi. J'avais encore deux mois devant moi. J'ai jugé plus prudent de donner mandat à un ami de Bangkok qui a les mêmes idées que moi. Oui, mais Bangkok…? Cela ne correspondait à aucune de mes adresses, ni l'ancienne ni la nouvelle.

Je relis le formulaire, et je vois que la personne mandatée doit être inscrite sur la même liste consulaire que moi. Je recherche la définition d'une liste consulaire sur le site de l'ambassade et ailleurs. Rien. Impossible de trouver l'information. Mais bon, comme c'est le consul lui-même qui recevra ma procuration, il saura me dire si la procuration que je donne est valide. Et puis un consul, il n'y en a qu'un seul - un consul, une seule liste consulaire - logique, non ?

Je rencontre le consul qui parcourt le pays pour recevoir les procurations, il valide mon mandat sans broncher.

Puis je reçois un mail me donnant l'adresse où je dois voter à mon ancienne adresse. Persévération administrative, sans doute - il s'agit d'un mail circulaire, et non d'un mail à mon intention expresse, comme celui qui m'avait indiqué que je pourrai voter à ma nouvelle adresse. J'ai le tort de ne pas m'inquiéter.

Le jour du vote, mon ami m'appelle catastrophé. Il ne peut pas voter pour moi. On a refusé de prendre sa procuration. Des mois que je m'occupe de mon inscription… Tout ça pour ça ? Frustration…

J'écris un courrier (mesuré) à l'administration avec copie de leur mail indiquant que je devais voter à l'ancienne adresse, copie de l'autre mail indiquant que je devais voter à la nouvelle adresse, et m'étonnant de ce que le consul ait reçu ma procuration alors que l'adresse de mon ami figurait clairement sur la procuration.

J'ai reçu une réponse. Enfin, peut-on appeler ça une réponse ? Aucune référence aux éléments que j'ai fournis. Aucune excuse :

Votre bureau de vote est à Pattaya.
Le bureau de vote de M. XXX est à Bangkok.
Il ne lui a donc pas été possible de voter pour vous.

Une phrase pour dire que je dois refaire une procuration. Et pas de signature.

Tout le monde peut se tromper. J'avoue que ça m'arrive tous les jours. Et si mon erreur aboutit à léser quelqu'un, je m'excuse. N'est pas ce qu'on t'a appris à faire ? N'est pas un signe de respect de l'autre et de bonne éducation ?

Sur le site Service Public, on lit d'ailleurs : L'usager doit savoir le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administrative de l'agent en charge de traiter sa demande. Les courriers adressés à l'usager doivent les mentionner. L'anonymat de l'agent ne peut être invoqué que pour des motifs de sécurité publique ou des personnes.

Je ne serais pas étonné qu'une partie de ceux qui votent pour des candidats promettant de dégraisser le mammouth administratif aient l'idée de diminuer le nombre gens par qui ils se sont fait un jour maltraiter...

L'administration française se grandirait de reconnaître ses erreurs, de se montrer civile, ou simplement de manifester un peu de sollicitude. Elle aurait aussi tout à y gagner.

[Il y a une suite : arrivé en France, j'ai trouvé dans mon courrier une carte de vote. Je suis allé à la mairie où on m'a dit que j'étais inscrit. J'ai expliqué la situation. On m'a dit que je pouvais voter moyennant le remplissage d'un formulaire où j'attestais n'avoir pas fait de procuration. Le dimanche suivant, je votais en France après avoir rempli un formulaire où on ne me demandait aucune attestation. Si j'avais voulu, j'aurais aussi bien pu faire voter quelqu'un à ma place à Pattaya... et plaider l'innocence. J'aurais voté deux fois !]

mercredi 12 avril 2017

Maléfice


Lam Chamuak, j'en ai déjà parlé ici


Je suis retourné à cet endroit que j'aime tant, Lam Chamuak.

Si on n'y prête pas attention, c'est un endroit banal. A part le lac et ses alchimies de couleurs : car c'est là qu'on fabrique les teintes du ciel et de l'eau pour tout le royaume de Thaïlande. Mais parfois les pots se mélangent - tu les connais, les thaïs, ils ne s'attardent pas aux petites choses.

J'y suis attaché par un lien magique. Peut-être maléfique, je ne sais pas encore. En tout cas, de temps en temps, j'entends un appel, et sans résister, je prends les petites routes qui m'y emmènent.

Comme la vie est étrange ici ! Semblable à la vie dans la Creuse dans les années cinquante. Il y a bien l'électricité qu'amènent de gros câbles noirs - électricité goudronneuse, qui ne doit pas bien passer dans ces tuyaux ! Et quelques antennes satellites. Mais pour la plupart, les gens ici ne se sont jamais éloignés de plus de quinze kilomètres de leur maison.

La ramasseuse de coquillages


Quel est leur horizon mental ? Arrête-toi. Prend le temps et essaye d'imaginer. Ou de compter ce qu'il y dans leur vie ? Dix doigts suffisent…

Il y a l'eau du lac avec la pêche et les poissons. Les champs qu'il faut gratter pour se nourrir. La maison en bois surélevée sous laquelle on a monté d'ignobles murs de parpaings bruts pour agrandir. Il y a les voisins et le chef du village. Il y a l'homme qui vient de Phimai à moto pour faire payer l'électricité et qui est un cousin. Il y a les bêtes : le zébu unique de la famille gardé par les uns les autres avec le troupeau du village, les poules, les canards, le chien de la maison. L'école pour les enfants et tout près, le wat, le temple où va parfois la femme, tôt le matin. Et la petite moto à vitesses, seul objet moderne avec le téléphone des jeunes sur lequel ils regardent inlassablement les selfies des amis qui font le V de la victoire et quelques images de devantures de magasins ou d'accidents de la route avec des cadavres sanglants, mutilés, photos glanées sur facebook.

Et puis sans doute l'amour. Mais l'amour thaï, je n'y comprends rien.

Le monde leur apparaît comme un brouhaha assourdi : existe-t-il vraiment ? Forcément puisqu'il y a des images sur l'écran de la télévision… Et même parfois des étrangers qui viennent de si loin qu'on ne sait pas, des farangs à qui ils sourient et qu'ils regardent à la dérobée en se répétant l'impérissable : comment peut-on être persan ?

Je tourne autour du lac sur des routes que la dame du GPS appelle highways en leur attribuant des numéros à rallonge : ce sont des chemins avec des nids de poules.

Fragment d'une route...


Halte. On ne passe pas ! La grande (!) route qui traverse le village est coupée en plein milieu. Des tables, des bancs, pour l'instant vides. Un banquet se prépare. Il faut faire demi-tour.

Car demain, c'est songkran, le nouvel an et la fête de l'eau : personne ne travaille, les enfants ne vont pas à l'école. Au bord du lac, quelques pêcheurs, de rares promeneurs, et même des baigneurs avec leurs bouées : ils ne savent pas vraiment nager, bien qu'ils vivent à l'année au bord de l'eau. Passent des filles à trois sur leur 115 Honda, le visage charmant croisé d'un grand sourire : elles rejoignent des garçons près des arbres.

C'est l'heure du bain. L'eau est orange, trop chaude pour la natation sportive, sans doute proche de trente degrés. A quatre cent mètres du bord, je plonge et là surprise, la température descend si vite, l'eau est fraîche à quatre mètres - fraîche et sinistre.

Mais le fond est inaccessible. Il faut aller plus bas. Et l'eau orange devient brune, puis noire. Plus profond encore. Je suis entouré d'un noir de glace. Je ne vois plus mon corps, même ma main que j'approche du visage. Je suis plongé dans l'encre.

Et à six mètres, le contact du fond, douce vase qui caresse les genoux. Pourtant, il faudra remonter. Un jour, Lam Chamuak, un jour... Je sais, je t'appartiens. Je sais bien qu'il faudra un jour rentrer au port.






jeudi 6 avril 2017

Les plaisirs de la punition...


 Un air d'insecte ?



Désolé, ce n'est pas un post sur les pratiques sadomasochistes en Thaïlande !

Il y a quelques jours, je reçois une prune (comment dit-on ici, j'ai reçu une mangue, une goyave ?)

Le document donne la preuve flagrante de mon inconduite - passage à l'orange à un feu - avec une photo globale, une photo détaillée et la photo de ma plaque d'immatriculation. Huit cent bahts d'amende. Soit environ 21 euros. Je m'en tire à bon compte.

Sans arrière pensée, je charge Fon d'aller payer au commissariat et je l'attends dans la voiture. Elle revient dix minutes plus tard et me dit qu'elle a payé cinq cent baht.

- Comment ça, cinq cent baht ? De la main à la main ? Il n'y a pas de récépissé ?
- Si, si, official.
- Alors je peux voir l'attestation ?
- Non, ils n'avaient pas de facture sous la main. Mais ils m'ont dit qu'ils allaient faire le nécessaire.

Quand on connait les problèmes qu'engendrent les retards à payer en France, il y aurait de quoi être inquiet. Mais Fon semble parfaitement sereine. Elle me dit qu'on pourra retourner un autre jour pour récupérer la facture si on veut. Il est possible qu'elle ait raison. Il y a parfois une absence de formalisme… qui contraste avec l'hyper-formalisme auquel on se heurte parfois.

Je lui demande comment elle a obtenu une réduction de l'amende.
- J'ai dit que je souhaitais avoir un discount et j'ai demandé si c'était possible.
- Pas donné de raison ?
- Non. Enfin, j'ai juste fait observer que je venais personnellement payer. Si j'avais envoyé l'argent par la poste, ce n'était pas possible.
- Et ils ont accordé le discount sans barguigner ?
- Oui, l'homme a aussitôt répondu que c'était "OK". J'ai demandé combien. Il a répondu cinq cent, sans hésiter.
- Tout le monde obtient le discount ?
- Non, ceux qui demandent… à la discrétion de la police. En fait, je n'en sais rien.

Difficile d'avoir une certitude absolue quant à la manière dont l'infraction sera traitée. S'agit-il d'un pouvoir d'appréciation du fonctionnaire de police ? Et difficile d'être sûr à cent pour cent que la perception de l'amende ne sera pas exigée malgré tout. Mais je ne suis pas inquiet. Si par le plus extraordinaire des hasards, il y avait eu malversation, ce ne serait pas du tout l'intérêt du prévaricateur de casser le système.

Quatorze euros, c'est un cadeau. Dans un sens, profondément injuste. Mais je ne vais pas me plaindre de la parité de l'euro, qui reste très favorable aux occidentaux, malgré sa récente baisse. Je peux dire que dans un sens, ça compense les tarifs discriminants entre étrangers (même résidents) et locaux dans les musées, zoos et autres organismes publics. Ce que dans ma parano au quotidien, j'ai tendance à interpréter comme un déplaisant signe de xénophobie.

Mais non, au contraire, je suis plutôt joyeux. Quatorze euros ! A ce tarif, j'en demande tous les jours… Enfin peut-être pas quand même !


 Les tuk-tuk : mignons... mais ils se croient tout permis à Bangkok !